Selon des déclarations publiques récentes, Jacques Attali préparerait une feuille de route à la demande d’acteurs du secteur privé souhaitant peser sur les prochaines élections et présenter un programme à leurs interlocuteurs internationaux. Richard Coles a, de son côté, évoqué un « échec collectif ». Le PEP conteste la confusion politique contenue dans cette formule.
L’échec n’est pas celui de la masse paysanne qui a travaillé sans infrastructures, sans crédit juste, sans assurance et sans accès stable aux marchés. Il n’est pas celui des ouvrières, des petits commerçants, des jeunes sans emploi ou des familles qui financent par la diaspora des services que l’État ne fournit pas. Ces classes populaires ont porté le pays malgré un système construit contre elles.
La responsabilité historique incombe d’abord aux blocs de pouvoir qui ont capté les institutions, influencé les nominations, obtenu des privilèges, protégé des positions dominantes et socialisé leurs pertes tout en privatisant leurs gains. Les pratiques de contrebande, d’évasion fiscale, de marchés publics déséquilibrés et de concentration bancaire doivent faire l’objet d’audits, de sanctions et d’un débat public documenté, sans amalgame ni immunité.
Le PEP ne rejette pas l’expertise étrangère parce qu’elle est étrangère. Il rejette la substitution d’une feuille de route conçue par les élites économiques à une délibération populaire haïtienne. Aucun consultant, aussi reconnu soit-il, ne peut remplacer les paysans, les travailleurs, les collectivités, les femmes des marchés, les intellectuels et la jeunesse dans la définition du futur national.
Un programme crédible doit dire qui paiera l’impôt, comment les monopoles seront ouverts à la concurrence, comment les banques seront tenues de financer la production, comment les contrats publics seront publiés et comment les conflits d’intérêts seront empêchés. Sans ces réponses, le discours du « changement » risque de devenir une opération de restauration du même bloc sous un vocabulaire neuf.
Le PEP appelle à un débat national contradictoire sur toute feuille de route destinée à orienter le prochain pouvoir. La reconstruction d’Haïti ne peut être confiée à ceux qui demandent au peuple d’oublier les rapports de force qui ont produit la crise.
Communiqué officiel du PEP
Pour que les responsabilités soient nommées et le pouvoir rendu au peuple
