L’intelligence artificielle transforme déjà le travail, l’éducation, la santé, l’administration et l’accès au savoir. Pourtant, l’État haïtien reste presque absent de cette mutation. Cette passivité n’est pas neutre : elle laisse d’autres pays, d’autres langues et d’autres intérêts définir les outils que notre population utilisera demain.
Le gouvernement doit convoquer sans délai un atelier national de réflexion sur l’intelligence artificielle. Cet espace doit réunir universités, ingénieurs, enseignants, entreprises technologiques, administrations publiques, organisations populaires et diaspora scientifique afin d’identifier les usages prioritaires pour Haïti : traduction, éducation, santé, agriculture, gestion des risques, services publics et productivité des petites entreprises.
La question linguistique doit être au centre de ce chantier. Le créole haïtien est la langue la plus parlée dans le pays, mais il demeure sous-représenté dans les corpus numériques, les outils de reconnaissance vocale et les grands modèles d’intelligence artificielle. Sans politique volontaire, les nouvelles interfaces reproduiront une hiérarchie culturelle qui réserve la technologie à celles et ceux qui maîtrisent d’autres langues.
Le PEP propose la création d’un consortium public et scientifique associant l’Akademi Kreyòl Ayisyen, les universités, les linguistes, les développeurs et les communautés contributrices. Sa mission serait de produire des corpus de qualité, des dictionnaires numériques, des données vocales consenties, des critères d’évaluation et des licences protégeant l’intérêt collectif.
Cette politique doit respecter la vie privée, la propriété intellectuelle et la souveraineté des données. Les ressources linguistiques du pays ne doivent pas être offertes gratuitement à des monopoles sans contrepartie. Les partenariats devront imposer la transparence, l’accès public aux résultats essentiels et la formation de compétences locales.
L’intelligence artificielle peut devenir un levier de rattrapage ou un nouvel instrument de dépendance. Le choix dépend de notre capacité à organiser aujourd’hui une politique industrielle, éducative et culturelle cohérente. L’État doit cesser de regarder la transformation depuis le bord du chemin.
Communiqué officiel du PEP
Pour une souveraineté numérique et linguistique
