On ne change pas un pays durablement si l’on laisse intactes les idées dominantes qui organisent la résignation, l’impuissance et l’acceptation de l’ordre existant. La bataille politique est aussi une bataille culturelle : elle se joue dans les mots, dans les imaginaires, dans la manière de nommer les problèmes et dans la capacité à faire apparaître l’intérêt général populaire comme la seule perspective crédible.

Une perspective gramscienne nous rappelle qu’aucune force populaire ne peut l’emporter durablement sans construire une hégémonie. Cela signifie produire des idées, former des cadres, occuper les espaces de débat, créer ses propres récits et relier les luttes dispersées à un projet national cohérent. Sans ce travail culturel, les colères restent isolées, les frustrations s’épuisent et les dominants conservent l’initiative.

Dans cette bataille, l’alliance entre les jeunes et les paysans est décisive. La jeunesse porte l’énergie, la mobilité, l’exigence de rupture, la maîtrise des nouveaux canaux d’expression. Le monde paysan porte quant à lui la mémoire des territoires, le rapport concret à la production, la question de la souveraineté alimentaire et une connaissance directe de l’abandon organisé. Réunir ces deux forces, c’est relier l’avenir et la subsistance, l’innovation et l’enracinement, la colère et la continuité.

Cette alliance ne surgira pas spontanément. Elle doit être construite. Elle exige une présence politique dans les communes, les sections rurales, les universités, les espaces associatifs et les circuits de formation. Elle suppose des campagnes capables de parler à la fois de dignité matérielle, d’accès à la terre, de débouchés économiques, d’éducation, de culture et de participation démocratique.

Gagner la bataille culturelle, c’est aussi rompre avec une vision méprisante des classes populaires. Les jeunes ne sont pas une simple réserve de mobilisation occasionnelle. Les paysans ne sont pas un vestige du passé. Ensemble, ils peuvent former le cœur d’un bloc historique de reconstruction nationale, à condition qu’une organisation politique travaille à faire converger leurs intérêts, leurs savoirs et leurs aspirations.

Le rôle du PEP est précisément là : produire une ligne, former une conscience, donner une traduction programmatique aux besoins populaires et transformer les fragments sociaux en force historique organisée. La bataille culturelle n’est donc pas un supplément d’âme ; elle est la condition pour que la majorité sociale devienne une majorité politique.

Tribune du PEP
Pour une alliance populaire capable de gagner l’hégémonie culturelle