La crise haïtienne ne résulte pas seulement de mauvaises décisions isolées. Elle procède d’un système de pouvoir qui récompense davantage l’accès aux privilèges, aux importations et aux contrats que la production, l’innovation et le travail utile.

Une stratégie d’émancipation doit unir les classes et groupes dont les intérêts convergent vers la production : paysannerie, ouvriers, petites entreprises, professionnels, femmes des marchés, jeunesse technique et diaspora productive. Cette alliance ne se décrète pas ; elle se construit autour d’institutions et d’objectifs concrets.

Elle doit porter une réforme fiscale progressive, la lutte contre la contrebande, l’ouverture des marchés à la concurrence, le financement des coopératives et des PME, ainsi qu’une commande publique transparente favorable à la production locale.

La bataille est aussi culturelle. L’économie de rente se présente souvent comme la seule forme réaliste d’organisation. Elle transforme le privilège en compétence et l’exclusion en fatalité. Rompre avec cette hégémonie exige de rendre visibles les savoirs productifs et l’intelligence populaire déjà présents dans le pays.

L’État doit devenir l’organisateur de cette transition, non le distributeur de faveurs. Il lui revient de fixer des règles, investir dans les infrastructures, publier les contrats, sanctionner les abus et garantir que le crédit serve la création de valeur réelle.

Le nouveau bloc historique ne sera durable que s’il associe justice sociale et capacité productive. Il ne s’agit pas de répartir la pénurie, mais de libérer les forces que l’ordre de rente maintient dispersées et subordonnées.

Tribune du PEP
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